HeHe Helen Evans et Heiko Hansen
Exposition du 22 juin au 18 juillet 2009
Vernissage dimanche 21 juin à partir de 17h suivi d’une Police Party dès 19 h avec :
HeHe, La Section Amour, Mister. Y, Alexis Chazard & Michaël Sellam, Two.Left.Ears
+ Opening DJ set Party de 23h à …
Prenant le contre-pied des représentations symboliques de la police dans notre société, le duo HeHe (Helen Evans et Heiko Hansen) présente à Ars Longa un dispositif alliant radar de contrôle inversé et ballet de sirènes, télévision sous contrôle et gyrophare géant.
Non sans humour, c’est en observateur averti que le collectif redistribue les rôles en donnant au citoyen la possibilité de générer de nouveaux modes d’appropriation, que ce soit dans un espace public, devant un écran, ou une exposition. L’exposition « Siren Shields » prend comme point de départ la création d’un logiciel libre permettant l’enregistrement de sons de sirènes, Siren Shield v1 2009, fruit de la résidence 2008 d’Helen Evans et Heiko Hansen à Ars Longa. Depuis plusieurs années, le collectif développe une pratique artistique pluridisciplinaire centrée sur les enjeux sociaux et écologiques contemporains, plaçant toujours le spectateur au cœur de ses préoccupations.
Helen Evans et Heiko Hansen
Depuis une dizaine d’années, ils forment un collectif répondant au nom de HeHe. L’usage de la lumière, associée aux médias et technologies numériques, est une constante dans leur travail qui, de plus en plus, s’articule autour de problématiques sociétales.
L’an passé, ils ont obtenu le prix, très attendu, de l’Art Hybride au festival Ars Electronica pour leur projet Pollstream qui met en lumière les multiples “nuages créés par l’homme”, visibles ou invisibles, allant des fumées de cigarettes à celles de nos véhicules et industries. Ensemble, ils observent plus qu’ils ne dénoncent en rendant tout simplement perceptible ce qui ne l’est pas, ou plus, parce que entré dans nos habitudes.
De l’observation, tout récemment, ils sont passés à la surveillance avec cette nouvelle série de travaux initiée par l’installation Siren. Et depuis quelques mois c’est sur les apparitions sonores de la police que se porte leur attention. Aussi, des balcons, dans Paris, ont émergé quelques boîtiers de vidéo surveillance, incluant une application logicielle de leur fabrication, qui ne se déclenchent qu’aux chants des sirènes.
Mais les artistes s’intéressent aussi à la représentation de la police, à la télévision comme au cinéma, puisque le même logiciel, disponible chez Ars Longa durant l’exposition, leur a permis de traquer quelques autres sirènes annonçant les arrivées imminentes des forces de l’ordre à l’écran. Comme nous dit Oliver Philippe dans La représentation de la police dans le cinéma français : « Le film policier se révèle en effet comme un “film du politique” qui, par ses éléments réalistes et symboliques comme par sa structuration formelle, contribue à justifier, à légitimer et à fonder “l’ordre” des sociétés ».
Dans la galerie, il est aussi question d’une sirène, mais celle-ci, par sa taille, est davantage semblable aux phares qui avertissent du danger et n’hypnotisent plus que quelques rares gardiens. Des séquences vidéo, toujours dans la galerie, témoignent du renversement qu’opèrent les artistes en nous présentant la mise sous surveillance de ceux qui, d’ordinaire, nous contrôlent. Les nuages artificiels émis par les cheminées d’usines semblables en tout points à celle de la performance urbaine “Nuage Vert” du collectif HeHe rassurent les uns parce qu’ils témoignent d’une activité durant qu’ils effraient les autres à cause de leur effet néfaste sur l’environnement. Il en est de même des sirènes de police qui, elles aussi, rassurent et effrayent à la fois, en ces temps où la sécurité est devenue l’enjeu de toutes les convoitises politiques.
[1] La représentation de la police dans le cinéma français 1965-1992, Oliver Philippe, Éd. L’Harmattan, Paris, 2000.
Propos recueillis par Dominique Moulon, Paris, juin 2009